APPARENCES

 

Quel mot simple et compliqué à la fois ! Quel angle pour l’aborder, donner envie de rire, de sourire, sans que cela ne soit qu’une apparence, un jeu, un faux-semblant ? Alors, j’ai trouvé. Simplement parler de cette fameuse journée, ce salon du livre ou le tout Paris s’était donné rendez-vous, accompagné en cela par toute une foule bigarrée, qui s’est déversée dans les belles allées tout au long du jour.

Mais l’apparence peut être trompeuse ! Tout comme cette dame d’un âge respectable, s’arrêtant devant ma table, prenant et reposant chacun de mes ouvrages, discutant avec moi de manière agréable, pour finalement me dire : « ce que vous écrivez est très bien, j’aime beaucoup. Mais je ne peux pas vous prendre un livre, car vous n’êtes pas quelqu’un de connu ». Et voici une apparence que l’on se donne, en affichant dans sa bibliothèque les derniers Best Sellers de Musso, Cyrulnik, Deutsch et autres, sans avoir eu le moindre coup de cœur pour eux… Je ne veux pas dire, bien sûr, que ce qu’ils font ne vaut rien…apparence...

Et cet autre exemple, d’un homme fort et assuré, remontant l’allée le regard incisif. Il s’approche de moi d’un pas prudent. Je lui adresse un « n’ayez pas peur des mots » qui entraîne chez lui une belliqueuse attitude : « mais je n’ai pas peur ! » lance-t-il en se dressant devant mes ouvrages d'un air de défi… Cela reste à confirmer… encore une apparence, lorsque d'une main hésitante, il ouvre un livre. Que d'ombres craintives dans son regard ! Il ne sait pas que je les vois...

Mais il est une autre apparence, celle qui, l’air de rien, se pose près de vous, feuillette sans rien dire, le regard uniquement dirigé vers le livre. Puis, au détour d’une page ou d’un mot, les yeux s'adressent à vous, le sourire apparaît, franc, clair, presque étonnamment amical. Et c’est une véritable parole échangée, une joie en devenir. Peut-être cette personne s’éloignera-t-elle avec une dédicace, peut-être pas. Nous sommes devenus, elle et moi, les sujets d'un souffle, d'une véritable connivence.
Car l’apparence que chacun de nous se donne, n’est bien souvent qu’un bouclier malhabile, un ex-voto mal dégrossi, une manière d’être. Moi le premier, sans doute, je me vêts d’un habit qui est trop grand, mal taillé, m’entichant d’un chapeau dont personne ne voudrait. Il faut bien paraître, être quelque chose ou quelqu'un, être original, sortir du lot… et pourtant…

Pourtant, je parle de l’homme nu, mon modèle. De cet homme que je vénère, de celui qui donne sans calcul, qui parle sans ombre, qui offre sans idée autre que celle du don. Certains ont peur et s’écartent quand je leur offre un poème ou une pensée. Serais-je devenu, à mon insu, un démon tentateur, me cachant aux ramures des arbres, la pomme d’Avalon dans la main gauche ? Seule la curiosité peut aider dans ce cas, à s’approcher de moi. Qui sera capable d’entendre simplement « il était une fois », plutôt que de se dire « s’il me donne son sourire et ses textes, c’est pour que j’achète un de ses livres ». Bien sûr que j’en serais heureux d'augmenter le chiffre de mes ventes, il ne sert à rien de le nier ! Mais j’ai distribué dimanche, gratuitement, un peu plus de quatre cents poèmes et nouvelles. Si j’avais vendu autant de livres… Mais je n’en avais que bien peu ! 
Je suis un homme libre qui dit ce qu’il pense être juste, ou lui correspondre. A moins que ce soit la peur de l’obscurantisme, du people, de l’uniformité qui m’oblige à l'insu de moi-même, à prendre cette autre apparence.

Et même, si je ne suis qu’une mirage, je ne désire malgré tout qu’une chose, fut-elle contradictoire avec l'univers tout entier : Etre vrai.

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