CATHARSIS

 

J’ai plongé dans l’eau froide et noire.

J’ai serré ma tête dans l’étau des bas-fonds.

J’ai trouvé à tâtons, les doigts en écumoire,

Ce que j’avais perdu, ton petit médaillon.

 

Je l’avais jeté dans un moment de colère,

L’arrachant à ton cou, comme un exutoire.

Une arabesque et coule le bouc émissaire.

Ton médaillon est noyé, près du promontoire.

 

Tu n’avais pas douze ans, et j’en avais treize !

Je me sentais trahi, tu en aimais un autre !

La rage qui me prend, au bout de la falaise.

Tu cries et te débats, mais point de patenôtre !

 

Nous nous sommes quittés, séparés par la vie.

Mais le rêve s’étale, en noirceurs océanes.

Le médaillon repose, les années à l’envie

Et j’ai plongé pour toi, toi ma si belle Ariane.

 

Je n’ai rien trouvé, sinon la noirceur de ma rage

Qui griffait de ses fers, les rochers et le sable.

Ma main tendue, j’ai retrouvé mon jeune âge

Et vient la catharsis, rédemption semblable.

 

Tu m’as oublié sans doute. J’ai vingt cinq ans.

Mais du fond de la mer, j’ai remonté au jour

Serré dans mon poing des graviers et du sang,

Qui coule de ma main, comme un peu d’amour.

 

Je n’avais que treize ans, et tu en avais douze.

Que dire de ces enfants qui jouent sur la plage ?

Que veux-tu, ma main qui serre était un peu jalouse

Et a lâché dans l’eau, bien trop de ce mirage…

 

Pierre-Jean BARANGER – Novembre 2012 – Tous droits réservés.

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