faut-il en rire ou en pleurer ? deuxième page

Désillusion ?

 

J'ai eu cette réflexion, hier soir, en patientant tranquillement dans les files bouchonnantes, au croisement des routes menant d'un côté ou de l'autre, ramenant l'un vers son domicile, l'autre vers son travail, et les derniers vers où ils veulent… Alors, une réflexion m'est venue à l'esprit, sans doute en recherche d'occupation, pour éviter de stresser sur l'immobilisme forcené des diverses files d'attente, ou d'écouter des informations catastrophistes et des musiques nostalgiques ou lénifiantes.

Cette interrogation a éclaté telle un pétard lumineux, en mon esprit réceptif à ce genre :

 

"Serions-nous, par hasard ou fatalité, voire les deux, victimes des diverses désillusions qui nous assaillent chaque jour ?"

 

Vaste débat sans doute, auquel je convie avec délectation, l'intégralité des personnes qui auront eu la patience de lire les errements de ma prose ! Cette interrogation a pris naissance comme je vous disais plus haut, dans l'immobilisme forcé des bouchons, en regardant la femme dans l'auto-immobile d'à côté. Sans doute mon regard s'est-il allié à mon ouïe, écoutant inconsciemment les dernières nouvelles de rigueur budgétaire, d'augmentation du prix des carburants et des divers produits, de menace de guerre, ici et là dans le monde. Guerre économique, guerre "classique"… "La grande illusion, c'est la guerre, la grande désillusion, c'est la paix" disait Marcel ACHARD.

 

La femme donc, avait l'air las, un visage fatigué, peut-être par les avanies de la vie, par des soucis personnels, que sais-je encore… Tout le temps est-il qu'elle a sorti de son sac une poire, l'a regardé avec un léger sourire, avant de mordre dedans. Je devinais son plaisir, je ressentais sa délectation. Elle ignorait les regards des uns et des autres, aspirant le jus sucré les yeux fermés, comme si le temps s'était arrêté, le temps d'une succion. Je la contemplais, amusé. Un simple fruit lui donnait le courage de poursuivre sa route, de faire face, encore une fois.

J'ai haussé les épaules, le feu passant au vert. Elle a abandonné le trognon, les mains poisseuses, collant ses mains sur le volant, par abus de fructose. Chacun a poursuivi sa route, vers des destinées versatiles et souvent indifférentes. Mais ma pensée suivait encore ma mangeuse de poire, m'interrogeant sur cette réalité juteuse à laquelle elle s'était confiée le temps d'une immobilité : Sa réalité n'était-elle pas déjà oubliée, ce moment extatique avait-il réellement existé, et pour elle comme actrice, et moi comme spectateur ? "Toute réalité est une désillusion" disait le dramaturge Edouard Pailleron.

 

            Coupant mon autoradio, isolé dans ma bulle qui suivait, désormais, sagement le flot qui m'emmenait, je m'intéressais à cette désillusion. Nous en étions tous victimes, confondant les espoirs de notre siècle avec les mirages miroitant entre les mains des puissants de ce Monde. Dictateurs de la finance, hommes et femmes politiques de tout bord arguant d'un rôle de polichinelle, nous menant vers des terres de géhenne, en nous prétendant le paradis perdu.

 

La prise de conscience est (presque) générale, et nous continuons à nous recueillir sur la poire de nos rêves, noyant nos imbéciles chimères dans un jus tiède, dans notre amertume fataliste.

 

            Un des synonymes de cette "désillusion" est "désenchantement". Sans doute, alors, l'espoir d'une prise de conscience n'est pas encore mort, et les penseurs éclairés ne sont pas tous morts. Que tous ceux qui croient encore en la force de l'utopie se lèvent, il existe des multitudes de façon de combattre la désillusion. Il n'est pas, il ne sera jamais trop tard.

 

 

Coup de gueule, coup de sirène, coup de poing…

« Un petit coup de gueule de temps en temps, ça fait du bien… » Un ami, décédé il y a quelques années, se servait de cette petite phrase comme d’un leitmotiv, d’un pansement à mettre sur la gangrène de l’habitude et de la fatalité. Or, j’entends aujourd’hui tout et son contraire, j’entends parler de solidarité de façade et d’individualisme forcené dans les cas de force majeure, j’entends un discours politique défaillant, de quelque bord soit-il, je vois un bateau sombrer, tuant ici et là par la force de l’anarchie et du « moi d’abord ». Alors, que dirait mon ami aujourd’hui ?

                Cet homme, pour qui la solidarité était une force et une raison d’être, se sentirait peut-être bien seul à pousser son petit coup de gueule. Car au travers des évènements de ces derniers jours, je constate que, au supposé dernier instant de sa vie, on pense surtout à piétiner la figure de l’autre pour mieux s’en sortir, au risque de se noyer de la même manière que cet inconnu, resté écrasé sous mes pas. Sans aucune notion d’âge, de respectabilité ou de sagesse. Je constate simplement que la société que nous avons créée, l’idée et l’image d’une civilisation, sombre comme ce superbe bateau prétentieux et stupide, qui croit que frôler les éternels rochers de la côte de l’ile du Giglio peut se faire en toute impunité. Seulement, lorsque survient le choc, le capitaine fuit. « Après moi le déluge… » On ne croit pas si bien dire.

                Pour se réconforter de la futilité humaine, il nous reste la profondeur de la politique de notre société franco-européenne moderne, de notre sens de la comédie. Car c’est bien d’une comédie dont il s’agit, en constatant que les ténors viennent croiser, sinon le fer du moins la véhémente parole, aux quatre coins des plateaux médiatiques. Plateaux médiatiques ou continentaux, le parallèle est facile : les risques d’échouage sont les mêmes, entraînant chacun dans la galère. Pas question d’accabler tous les Gérontes dont nous sommes, mais de demander à ces « ténors » de trouver une autre partition, plus véritable, plus humaine, en abandonnant peu ou prou l’axe tempétueux d’un triple A à reconquérir.

                Si je regarde bien, c’est toujours une question d’argent qui se met au milieu de nous. Que ce soit pour faire plaisir à un marin, resté à bord par manque de personnel (donc de financement d’un poste supplémentaire) en frôlant les côtes de son île natale, ou de s’évertuer à maximiser ou minimiser la valeur économique d’un pays et de sa politique. Serait-ce que la société industrielle, héritage d’un XIX°/XX° siècle où la compétition se soldait souvent par la mort des hommes, trouverait dans cet éclatement exponentiel son inéluctable fin ? Voici donc, peut-être, le temps d'une nouvelle révolution, qui serait à l'opposé de sa consoeur l'industrielle…

                Allez, juste un petit coup de gueule pour dire encore que nous sommes tous des aveugles, bousculant et écrasant un enfant de trois ans dans une coursive en guingois, sur un bateau ivre de toutes ces avanies. Après tout, prendre conscience que nous sommes tous des capitaines inconstants et de s'en offusquer est déjà un bon début !

 

 

Un monde en crise

 

Avez-vous fait partie de ces millions de gens qui ont regardé, l’autre soir, sur deux chaînes du panel audio visuel, un chef d’état s’émouvoir, se concentrer, rester sérieux, rejeter la responsabilité sur ses prédécesseurs, sur l’économie mondiale, sur l’irresponsabilité des citoyens… Tant de marasmes, tant de versatilité économique, tant de difficultés, de pleurs et de grincements de dents attendent les pauvres du monde entier, et les riches aussi…

 

Mais voici que des voix qui murmuraient jusqu’à maintenant dans des déserts d’indifférence, commencent à franchir les murs de nos cités d’argent, de nos constitutions mercantiles, où la seule réussite résulte d’un libéralisme à tout crin. Sans notion particulière à un parti politique ou à une idée nationale ou internationale.  Ces voix nous parlent de fausses routes, de renouveau, d’un nouveau mode de société, nous annonçons même qu'il faut laisser filer l'argent public au lieu de réduire les déficits dont nous parle tout le monde. Impressionnant, non ? Il y a aussi des économistes qui préconisent de réétalonner la valeur de l'argent.

 

            Alors j’ai envie de dire : « pourquoi pas ? » Sommes-nous capables de continuer longtemps ainsi, avec des pauvres qui meurent, des gens qui ne sont plus que des quémandeurs d’allocations, ou d’aides ? Sommes-nous capables de cautionner sans sourciller des riches qui se débauchent dans ce luxe qui agresse, dans ce langage « bling-bling » (onomatopée nouvelle) ?

 

            Nos politiques se ruinent en paroles vaines, jettent leur âme au diable, ont perdus, pour la plupart, une présence réelle, puissante, amenant une confiance naturelle.  Pour quelle raison ? Ils ne sont plus crédibles, justement, traînant derrière eux un sentiment de tromperie. Un homme ou une femme politique, c’est quelqu’un à qui le peuple a confié la redoutable responsabilité de diriger et de gouverner. Pas si simple quand le mode de vie hérité de notre passé d’occidentaux montre ses limites. Pas si simple quand la mondialisation force les portes de nos pays, pas si simple quand certains vivent avec moins de quelques centimes d’Euros… Je ne m’étendrai pas sur le sujet.

 

            Je vous laisse seuls juges, que penserez-vous de ces gens qui agitent le spectre de la ruine, du crack ? Un monde étonnant où des tours d’aciers et de verres, des places boursières, décident quel sera le prix de la vie de gens qui ne connaissent même pas les règles de ce royaume virtuel. Des personnes mourront  pour que d’autres s’enrichissent… Mais où se cache l’Humain, le vrai, celui qui ne se contente pas uniquement des impacts médiatiques et de la bonne conscience ?

 

 

 La différence est d’importance...

Ne vous est-il jamais arrivé de hurler contre ces feux de signalisation émaillant nos villes et certaines de nos campagnes, qui prennent un malin plaisir à passer à l’orange au moment où vous pointez le nez de votre véhicule au carrefour ? Un dénommé Murphy en a fait une loi, dont je vous invite à parcourir les termes sur le web ou ailleurs.

Ce feu orange : c’est la véritable séparation entre le vert et l’arrêt obligatoire, si vous me permettez cette projection, sans prendre en compte le code de la route, précisant que l’arrêt se fait obligatoirement devant cette couleur. C’est plutôt dans sa dimension de "frontière" entre un état et un autre, une vélocité continue et un arrêt. Pour faire simple, à quelques secondes, tout peut continuer ou doit s’arrêter.

Combien de feux orange dans une vie ? Combien d’endroits où se décide la suite de votre existence ? Cette idée m'est venue l'autre jour, en suivant un proche. Il a bénéficié d'une "autorisation de passage", tandis que moi, je restais "planté". Une fois, puis deux. Je ne tardai pas à le perdre de vue. Nos routes se sont séparées, non pas suite à notre propre volonté, mais à cause d'un hasard, généré par un simple temps d'arrêt de quelques secondes. Quelques secondes : la frontière entre un futur gris ou noir et un avenir mirifique.

Vous aurez le droit de contester cet abrupt, en m'opposant que, sur la durée d'une vie, rien n'est tout, rien n'est rien. Mais nous restons à l'affût de tout ce qui peut influer nos désirs, nos décisions, bons ou mauvais. Qu'un battement d'aile d'un papillon puisse engendrer un tsunami n'est pas seulement une vue de l'esprit, ou un effet perverti de notre raison. Que dire de cette équation à plusieurs inconnus qui, lorsque nous édifions une question, fait que nombre de paramètres nous échappent, s'autoalimentent, se dressent pour modifier radicalement le résultat attendu ?

Je n'ai pas d'arguments tendant à justifier ou à expliquer cet état de fait. Même ce dernier n'est pas, à proprement parler, logique ou reposant sur un concret connu. Je n'ai qu'une question, émanant d'un hasard moqueur ou indifférent : quelle est la réalité ? Tout cela n'est-il qu'un rêve ou bien, seul compte le résultat final d'une Vie, échappant lui aussi à notre propre jugement, à nos propres critères ?

Je vous souhaite une journée pleine d'heureux hasards...


J’avais juré de ne pas m’occuper de politique...

Voici qu’en ouvrant mes courriers web ce matin, je trouve ce que j’appelle des « principes efficaces de désinformation ». Quoi donc est-ce ?

Vous savez qu’il existe tout un tas de petits intrus, qui polluent nos messageries tout comme nos boîtes aux lettres, allant de la publicité, aux recommandations particulières ou scélérates. Nous devons consulter de toute urgence notre meilleur astrologue divinatoire,
allez sur tel ou tel site pour récupérer notre gain mirifique ou notre dernier véhicule de luxe offert par je ne sais quelle loterie. Bon, nous effaçons, pour
la plupart, ces attrape-nigauds. Mais désormais, cela se corse et demande une préparation spécifique.

Nous sentons tous que l’échéance d’une élection primordiale, importante, se situe en mai de l’année prochaine. Nous voyons tous les médias s’affoler, nous offrant des jeux de rôles où les méchants et les bons s’affrontent, nous laissant déterminer qui est le chevalier blanc, qui est la fée en noir. Ils manient l’Escalibur qui détruit les démons des insécurités, ou la baguette magique qui résout, d’un trait, tous nos soucis. Nous sommes libres de les croire ou non, libres de rester, comme moi, philosophes cyniques et désabusés. Mais je reçois, en ce dimanche brumeux d’Octobre, un petit lien qui m’envoie sur un tract en diapo, évoquant les difficultés de l’Education Nationale.

Je me laisse tenter et ouvre le fichier. Un ensemble de phrases, judicieusement calculées, aux mots clés surlignés de rouge : « danger – enfants-insécurité-absence d’enseignement- risques- peurs... J’en passe, bref.

Le pire est surtout sur le principe vieux comme le monde, remis au goût du jour : « diviser pour mieux régner ». Je ne sais pas d’où émane ce tract, de
quel bord politique, bien que j’en aie une vague idée. L’objectif est de dresser le riche contre le pauvre, les fonctionnaires contre les non fonctionnaires, les libéraux contre les ouvriers, etc. Je suis désolé, ce n’est pas ainsi que l’on construit la force d’une nation mais, au contraire, en unifiant une volonté.

J’écris des livres. Qu’en serait-il, si ma personnalité devenait dualité, si j’écrivais tout et son contraire ? J’ai bien peur que, dans ce contexte, seuls des
psychanalystes accepteraient de s’intéresser à mon écriture... Ce dont je suis sûr, c’est que mes histoires n’auraient ni queue ni tête, drainant un sentiment
de malaise, d’inachevé, de non-abouti. C’est quand le scénario est coulant comme de l’eau, quand les phrases s’enchaînent et se complètent, que l’histoire devient crédible et efficace.

Donc, d’un revers de main, j’ai effacé tous ces mèls haineux, toutes ces petites mesquineries qui corrodent le tissu social. J’ai repris mon bâton d’agnostique politique, et en passant pour acheter mon pain, j’ai parlé du lien de la nation avec le maire de mon petit village. Je sais sur quel navire il embarque, mais je m’en fous. Car c’est avec un homme que j’ai parlé du temps, des épreuves et de l’incertitude, de la force d’y croire et des chemins qui se croisent. J’en suis reparti avec une chanson au cœur.

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Date de dernière mise à jour : 25/01/2012

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