LA VOLIERE

VOLIERE

J’ai, dans mon jardin, une immense volière.

J’aime à écouter la cacophonie qui, au soir, s’en échappe.

C’est une volière si particulière, où des ombres passent

Si vite que l’on ne voit rien d’autre.

Je laisse la porte ouverte et nul n’est prisonnier.

C’est une volière en bois doré, au toit en plaques d’argent ouvragé.

Elle est comme un havre, comme un refuge pour des mots.

Des mots de passage, des mots habitués, des mots communs, des mots exotiques,

D’autres aux plumes blanches.

Le soir, quand se lève la Lune, lorsque je m’assois devant ma table,

 Les mots chuchotent dans la volière.

Ils sont très curieux.

Alors, si je trempe ma plume dans l’encre de mon imaginaire,

Ils viennent voler autour de moi, le battement de leurs ailes fait vaciller la flamme de ma bougie.

Et dans un souffle, délicatement, je les attrape entre mes doigts,

Pour dessiner leur ombre sur la page blanche.

Ils jouent ensemble, deviennent facétieux, trempent leur pattes dans l’encre bleue

Et marquent leurs pas sur les murs de ma chambre, comme des petits pieds, comme une poésie.

Quand le sommeil rend pesante la plume, m’asservissant les yeux,

Ils disparaissent tout aussitôt, comme effrayés par des monstres tapis et froids au coin des placards,

Ces monstres qui mangent les mots, lorsqu’ils se sont perdus, lorsqu’ils ne savent plus voler

Ou qu’on les dédaigne.

Quand, au matin, je m’éveille soudain, quand le soleil illumine la volière,

Il n’en reste aucun. A part, peut-être, une ombre, pour me dire qu’ils reviendront au soir.

Je n’en garde que les dessins grattés par ma plume, sagement posée au bord de l’écritoire.

 

Pierre-Jean BARANGER – Mai 2013 – Tous droits réservés.

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Date de dernière mise à jour : 03/05/2013

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