le dernier samouraï

Pagode  

La barque me mène à travers le brouillard  

Au dédale des canaux d’eau tranquille.  

Le temps s’étire, immobile, sur les nénuphars

 Et je suis bien loin des palais, des rumeurs de la ville.  

 

Je te tiens tout contre moi, toi mon aimée  

Je vais te laisser et ainsi m’accomplir.  

Il n’est point de désir qui ne soit abimé  

A l’angle des combats, à force de souffrir.

 

  L’homme pousse l’esquif, écartant les roseaux.  

Je ne sais où je suis, obligé de confiance,  

Et la gaffe griffe sans bruit, fendant les eaux  

Qui s’écartent et se ferment, comme une plaie d’absence.  

 

Enfin elle surgit de nulle part, comme posée là.  

Un peu de minéral et de bois, comme une géode.  

Les larmes coulent enfin, sur mon visage las.  

Je pose mon pied droit à l’ombre de la pagode.

 

Je te dépose ici, ma relique de guerre.  

Je ne suis plus samouraï et je n’ai plus d’épée.

 Elle repose là, comme à mon flanc, naguère.  

Accrochée au mur, j’oublie mes épopées.  

 

Je deviens serviteur, j’ai disparu d’ailleurs.  

J’étais guerrier fidèle, aujourd’hui je suis mort.  

Les temps changent mais reste la douleur  

D’avoir tout perdu, cédant au mauvais sort.  

 

Ainsi disparaît aujourd’hui le dernier samouraï  

De l’empire du milieu redevenant la Chine.  

La pagode m’accueille et je vis, vaille que vaille.  

Les rêves d’autrefois, qui sont autant d’épines.  

 

Mais je suis en éveil, oubliant Pagavadi.  

Je deviens un homme, aspirant à la paix.  

Le néant m’ouvre l’âme, un instant étourdie.  

J’apprends la compassion et oublie mon épée.  

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