le récidiviste

Récidive.

Je n’y peux rien. C’est plus fort que moi, je suis un récidiviste.

Je sais être condamnable, je sais que vous jetterez sur moi l’opprobre de vos ressentiments. Mais vous pouvez me mener à l’échafaud, je ne pourrai jamais renier ce qui est mon fondement, ma foi, mon amour. Car c’est bien d’un amour qu’il s’agit. Je suis pourtant riche, bénéficiant de l’abondance sans limites. Et pourtant ...je vais me laisser tenter, avancer la main, au risque de me faire prendre. Telle est mon avanie, telle est ma croix. Mais tel est mon destin et mon exaltation…

Alors, lorsque me prend la fièvre, je vais au creux des rues, cherchant celui qui deviendra mien. Je furette, me glisse, ici ou là, invisible comme un chasseur poursuivant sa proie. Et rares sont les jours où je rentre bredouille. Et même dans ces moments-là, ma fringale me dévore. Alors, j’ouvre une pièce de mon appartement, une pièce connue de moi seul, un endroit où je cache mes coupables tendances, là où se trouvent mes collections, que je caresse du regard. Au milieu, trône une table. Une simple table d’expérience, où je me sers de la substantifique moelle de mes sujets d’observation pour récidiver encore et encore…si vous saviez tout…

Et me voici aujourd’hui devant vous, constitué en tribunal auquel je demande encore une fois, la clémence. Je vous demande d’essayer de mon comprendre, au moins d’essayer de comprendre ma passion. Je sais que, s’il reste ne serait-ce qu’une once de curiosité en vous, vous désirerez savoir ce qui m’anime ainsi. Oui, je reconnais ma culpabilité, mes diverses récidives, mes addictions éternelles. Car, même si vous m’enfermez, même si vous me cloîtrez au sein de la plus impitoyable forteresse, je resterai l’esclave de mon tourment. Un tourment qui m’emplit d’un feu, d’un fourneau de braises m’obligeant à verser devant vous le contenu de mes vases, contenant mes entrailles. Mes victimes sont consentantes et mes expériences servent, du moins je l’espère, au bonheur de chacun. Bien sûr, je sais que certains s’offusquent de ce que je suis et de ce que je représente. Mais je récidiverai jusqu’à ce qu’il ne reste plus une ombre d’indifférence près de moi.

Alors voilà, j’écris. J’écris et je lis. Je lis et puis j’écris. Je vais chercher aux plus obscures bibliothèques, dans les caves des librairies, des ouvrages dont personne ne veut, que tous ont oublié, afin de me permettre de céder à ma prenante addiction, celle de tracer des lignes d’arabesques au plus pur des vélins. Et mes romans naissent ainsi, du croisement des livres d’auteurs inconnus ou connus, et de mon imaginaire. Je me lève la nuit, je me couche au matin. Mais j’écris, et j’écris encore. Je souffre lorsque le manque d’encre m’oblige à utiliser mes larmes mêlées à mon sang…Mais ce n’est qu’une métaphore, rassurez-vous !

Ainsi, vous jugerez ma récidive, et j’espère votre compassion, votre pardon. Et j’ose espérer que, dès demain, votre curiosité vous amènera à prendre un de mes ouvrages entre vos mains…ainsi, vous me comprendrez peut-être, ou me condamnerez…

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