VENTE

 
Clac ! Le bruit sec d’un marteau sur la plaque de marbre
A scellé mon affaire. Vendu ! Je suis vendu ici dans l’indifférence.
J’ai soldé mon âme à des gens de peu de foi, au visage glabre.
Il paraît que j’ai du talent ! Eux ils ont de l’argent, même si le goût est rance
Je le prends et ma plume devient l’esclave de leur profit.
Ils me dicteront et j’écrirai ce que le bon peuple demande
Je deviendrai l’idole creuse, à  la photo mon meilleur profil
Et je me dénuderai s’ils le demandent et j’aboierai pour une offrande.
Parce que j’ai vendu ma liberté, comme une vieille montre
Parce qu’elle ne sert plus. Alors, quoi en faire ?
Parce que tout ici s’achète et se vend, parce tout nous le démontre
Et que ma force ou ma foi ne valent pas plus que quelques affaires
Qui s’épanchent sur l’étal public. Jeté aux chiens ; qu’importe !
Puisque je suis déjà mort à l’intérieur de mes écritures !
Le peuple a faim de ce qui est sans goût, de ce qu’on lui apporte
Dans une écuelle propre, de l’insignifiant, l’épure.
Et moi je me suis vendu comme tant de pauvres hères
Qui voulaient d’un partage, d’une écoute, de quoi pleurer ou rire
Qui maintenant se trouvent dans les foires, enchaînés par le fer
Qui attendent à la table, la signature, l’encre que le papier aspire.
Comme disait le chien au loup du temps de la Fontaine,
Certains s’accommodent très bien de ce collier en cuir.
Il suffit d’oublier aux tréfonds de son âme sans âme
Que les jours succèdent aux jours ne demandant qu’à fuir
Quand naîtra enfin l’oubli, les mouches changeront d’âne.
Il ne restera que quelques poussières sur la rouille d’une chaîne
Me laissant au partir, des envies de temps, d’espace
Des regrets perdus, un jour vendus à l’amour, à la haine…
Je me rappellerai alors ma signature, en bas, qui au papier s’enlace…
 
Pierre-Jean BARANGER – Janvier 2014 – Tous droits réservés.

5 votes. Moyenne 5.00 sur 5.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×